Le salaire, c’est pratique lorsqu’on n’est pas à l’aise avec l’argent.
Le montant est décidé par quelqu’un d’autre, selon des barèmes eux-même définis par des instances obscures. Je n’avais pas à me soucier de mon rapport à l’argent, tant que j’étais salariée.

Mais lorsque j’ai choisi de quitter ce modèle-là, pour vivre selon mes propres règles, la question de l’argent n’était plus évitable. Alors j’ai fait ce que je pouvais faire de mieux compte-tenu de mes réticences et de mes croyances à ce sujet : j’ai tout rejeté en bloc.

Je voulais vivre sans argent. Car pour moi, l’argent pourrissait les relations humaines, l’argent faisait perdre aux gens leurs valeurs, l’argent rendait tout compliqué. Et puis l’argent, je n’y connaissais rien. Alors je n’en voulais pas, de ce responsable de la putréfaction de la société humaine.

Je me suis donc débrouillée sans argent. J’avais du temps et des compétences, que j’échangeais contre un toit et de la nourriture.

C’était facile, je n’avais pas à me poser la question des impôts, des papiers, des obligations… je n’en avais pas.

Mais il y avait aussi plein d’autres choses que je n’avais pas, je m’en rendais compte petit-à-petit. Je n’avais pas la liberté de choisir mes repas et l’heure de mon réveil. Je n’avais pas la possibilité de me former, moi qui adore tant ça. Je n’avais pas les moyens de m’offrir des activités ou des objets qui me font du bien. En bref, je manquais cruellement de force d’action autonome pour me réaliser pleinement.

Je suis donc revenue à la racine des choses. L’argent, c’est quoi ?
Quelle ne fût pas ma surprise de découvrir que l’argent… ce n’est rien que du vent.
À l’origine, c’est ce qui permet de donner une valeur consensuelle à quelque chose.

Nous sommes dans le désert et je possède la dernière bouteille d’eau, celle qui se vend habituellement 80 cts au magasin ? Tu seras prêt.e à me donner beaucoup pour l’avoir, et je ne la cèderais que contre beaucoup.

L’argent, ce n’est qu’un chiffre, un bout de papier, un bout de ferraille.
L’argent n’a aucun pouvoir. Y compris celui de faire le mal.
Ce sont les humains qui ont toute la responsabilité de ce qu’ils en font.

À partir de là, j’ai commencé à voir d’un autre œil le prix des choses que je payais. Si je trouvais cela trop cher, c’est tout simplement que je n’en avais pas besoin dans cette proportion-là. Si je trouvais cela pas assez cher, c’est que j’estimais que cette chose avait pour moi une valeur supérieure à la valeur proposée par le vendeur. Je ne remettais donc plus en question le prix des choses, ni la manière dont les vendeurs fixaient leur prix. Un prix, ce n’est qu’un accord commun entre deux personnes, et si je n’étais pas d’accord, quelqu’un d’autre le serait.

Mais je ne gagnais toujours pas d’argent, malgré le fait que j’avais décidé d’en gagner. Je voulais en gagner pour augmenter ma capacité à agir, à être libre de faire ce que je voulais faire, à encourager toutes les initiatives qui me tenaient à coeur dans le respect de mes valeurs, à m’offrir tout ce qui contribuait à mon évolution. J’avais décidé, mais pourtant je ne gagnais pas d’argent.

J’ai alors découvert la chose la plus étrange qui soit pour moi : l’argent est directement lié à la valeur que l’on s’accorde, et à l’amour qu’on se donne le droit de recevoir. Si je ne gagnais pas d’argent, c’est non seulement parce qu’il m’était complètement inconnu, et que j’imaginais qu’il allait m’apporter une montagne de problèmes, mais aussi parce que je ne m’autorisais pas à recevoir une preuve de ma valeur. De l’amour en sommes.

J’ai donc entrepris de non seulement me former sur l’argent, comme on se formerait au maniement de n’importe quel outil inerte, mais aussi de déconstruire toutes les limites que je me fixais concernant ma légitimité à recevoir de l’amour et à m’accorder le droit d’exister.

Et je peux vous dire : sacré chantier !
Tout un tas de facteurs influencent notre rapport à l’argent. Les croyances que nous ont transmis nos parents, l’estime que l’on se porte, l’ignorance…
Heureusement, tout cela se déconstruit petit à petit.
Et aujourd’hui, il me tient particulièrement à coeur que les personnes avec de belles valeurs aient assez d’argent pour s’épanouir, pour impacter le monde, et créer une véritable dynamique positive autour d’eux.