– Une vie sans voiture –

Nouveau regard sur un mode de vie différent

Mise à jour

Voici un article que j’avais initialement écrit en novembre 2018.
Aujourd’hui encore, toute cette philosophie est encore profondément la mienne. Pour moi vivre seule, c’est vivre sans voiture.

Sauf qu’entre temps, mon chemin en a croisé un autre, et nous partageons la même route depuis plus de 6 mois. Comble de l’ironie, cette aventure à deux m’a amenée à vivre la vie en camion aménagé. Et même si cette nouvelle expérience ne modifie en rien toute la philosophie personnelle que je partage dans cet article, il me semble plus honnête de vous préciser qu’actuellement, je partage une vie motorisée.

Bref, revenons en à notre sujet, qui est de vivre sans posséder de voiture.

Ah, ça, c’est bien un sujet qui dérange !

Pour vous dire, ça dérange même plus que mon envie de ne pas avoir d’enfant, qui pourtant est déjà fortement sujet à débat et commentaires.

C’est drôle de sentir à quel point ce choix de vie sans voiture peut mettre la grande majorité de mes interlocuteurs dans un état de malaise, les poussant souvent à argumenter leur point de vue avec véhémence.

Et pourtant, je ne cherche jamais à convaincre du bien fondé d’une vie sans voiture, ni à provoquer un quelconque débat. Mais à tous les coups, lorsque j’annonce que ma vie sans voiture est un choix, voilà l’ambiance qui se crispe d’un coup !

Une évidence plus qu’un choix


J’ai passé mon permis en 2016, parce qu’ « il faut passer son permis, surtout si on veut trouver du travail ».

Je ne me suis pas plus posée de questions que ça, je l’ai fait pour les mêmes raisons que lorsqu’on fait des études, qu’on achète une maison à crédit, qu’on se marie, qu’on a des enfants et un chien.

Je l’ai fait parce que « c’est dans l’ordre des choses ».

Et pourtant, j’ai horreur de conduire. Je ne suis pas faite pour ça. Alors pour moi, le processus de « l’ordre des choses » s’est arrêté avant l’achat de la voiture.

Au fond, ce choix de vie sans voiture n’en est même pas vraiment un. C’est plutôt une évidence sur laquelle je ne vois pas pourquoi revenir.

J’ai toujours bien fonctionné sans voiture. Et depuis que je veux vivre dans un endroit proche de la nature, on ne cesse de me dire que c’est impossible sans voiture. Vraiment ? Pas si sûre…

Alors, c’est comment la vie sans voiture ?

1/ On se déplace moins


Moins vite, moins souvent, moins loin, moins inutilement…
Eh oui, sans voiture, les déplacements prennent une tout autre dimension !
Perso je ne suis pas adepte du vélo pour me déplacer au quotidien. Je suis plutôt une marcheuse 🙂
Donc forcément, lorsqu’on va d’un point A à un point B, c’est plus lent. Un trajet de 10 minutes en voiture peut facilement prendre 30 minutes à pieds, un peu plus si vous êtes en montagne et que vous avez des poumons en carton.
Par conséquent, on se déplace moins souvent, et on réfléchit un peu plus au pourquoi du comment de notre déplacement.

On revoit aussi sa notion « d’autonomie » :
Sans voiture et pour de longues distances, on est dépendant des horaires et lieux de passage des transports en commun. S’il n’y a que 2 bus par jours, on doit organiser sa journée en fonction.
Si l’on est à pied, on ne peut pas non plus raisonnablement partir à n’importe quelle heure par n’importe quel temps avec n’importe quelle charge de bagage…

Mais au final, se déplacer moins, c’est se réapproprier son environnement proche et son habitat. On cherche à se sentir bien chez soi, parce qu’on veut avoir envie d’y rester avec plaisir. Si personne n’avait de voiture, est-ce qu’autant de gens feraient des choix aussi désastreux concernant la qualité de leur habitat ? Des emplacements mal choisis, des maisons construites avec des mauvais matériaux… Je vous invite à vous renseigner sur le « Syndrome de l’Habitat Malsain »…

2/ On a un autre rapport au temps


Vivre sans voiture, cela implique obligatoirement de ne pas être proche de son efficience temps/distance. Ça implique un autre rapport à l’attente et aux trajets passifs.

Un jour, j’ai fait le trajet Gap-Tarbes. Ou encore une autre fois, Paris-Beaune-Valence-Montpellier, pour aller voir différents amis un peu partout. Sans voiture, sur des distances aussi grandes et des itinéraires complexes, j’ai dû jongler avec pas mal de transports en commun :

– Ça m’a pris un peu de temps d’organisation pour comparer les horaires et prix des trains/ covoiturages/ différentes compagnies de bus, pour organiser les correspondances entre les villes etc…

– Les trajets sont parfois (mais pas toujours !) plus longs en transports en commun qu’en voiture

– Il y a souvent des attentes. Il n’est pas rare que j’attende 2h ma correspondance en bus. J’ai même attendu un jour 7h sur une aire d’autoroute (sous la pluie !) parce que mon ami m’y avait déposé avant d’aller au boulot à 8h et que mon bus était à 15h.

Mais vous savez quoi ?
Je n’ai jamais souffert de ces attentes.
Je n’ai jamais considéré ce temps comme « perdu ».
Je n’ai jamais trouvé le temps long devant ma fenêtre de train.
Tout simplement parce que je ne sais pas ce que le mot « ennui » veut dire.
J’ai toujours un livre à lire, des pensées à faire tourner, des paysages à admirer… Dans un monde où chaque seconde doit être rentabilisée et où l’Homme ne sait plus être inactif, vivre sans voiture est une ode à la rêverie, aux activités simples et tranquilles, à la saveur du temps qui passe.

Et pour les plus actifs d’entre vous, je suis sûre que vous avez des projets qui peuvent être menés durant ces phases d’attente. Je parlais de livre à lire, mais ça peut aussi être un talent de dessinateur à développer, une idée de roman à écrire qui vous trotte dans la tête depuis quelque temps, des pulls à tricoter… ou que sais-je !

On change son rapport au temps. Aujourd’hui, je ne vois plus passer 2-3h d’attente. Elles sont peut-être pour moi l’équivalent de 30 minutes pour des gens pressés. Au-delà de 4h, je commence à avoir envie de faire quelque chose, je sors donc un livre ou mon ordinateur. Au delà de 5-6h, je commence à avoir envie de me dégourdir les jambes, mais à aucun moment je ne trouve le temps « long ».

3/ On appréhende le territoire différemment

Lorsqu’on commence à se déplacer à pied, et qu’on s’habitue à un nouveau rapport temps/distance, on change vite notre regard sur nos trajets. Si autrefois 30 minutes à pied me paraissaient « trop relouuuuuuuu », maintenant il faut que ça dépasse les 2h pour que je commence à me demander si mon trajet en vaut la peine. 1h30 de marche pour rejoindre un point B ? Easy, je ne me pose même pas la question et j’y vais !

D’autre part, me déplacer à pied me fait voir le réseau de routes très différemment. Lorsque je regarde une carte, je cherche à éviter ces gros traits qui représentent les routes, et je construit mon itinéraires avec les petits chemins ruraux et les sentiers de randonnées. On se reconnecte à la notion de dénivelé, on réapprend à se repérer grâce à notre environnement naturel et on se réapproprie notre histoire humaine en repensant aux générations qui ont parcouru ces mêmes chemins, des siècles avant nous.

Mon territoire n’a jamais eu autant de caractère que lorsque je le parcours à pied !

4/ On se sensibilise à la météo et aux cycles naturels

Un truc que j’ai remarqué, c’est qu’en étant à pied, je fais beaucoup plus attention à la météo et à l’heure. Parce que marcher sous le mauvais temps ou de nuit peut être désagréable voire dangereux, je regarde plus souvent le ciel pour sentir l’évolution des nuages et de la course du soleil, afin d’être rentrée à temps ou de repousser mon déplacement à plus tard. Une capacité de lecture des cycles naturels (de la journée, des saisons etc…) qui s’est un peu perdue de nos jours, mais qu’on réapprend instinctivement quand notre sécurité est en jeu !

5/ On comprend et revalorise l’aspect « local » des choses et des gens

Quand on commence à parcourir le monde à pied, on apprend vite ce qui est faisable ou non en un temps donné. Forcément, on se rend compte que les distances « parcourables » en une journée sont bien plus réduites. Notre territoire de vie diminue par conséquent.
Le sens du mot « local » prend alors tout son sens. On ne va plus chercher nos produits de consommation à perpet, parce que perpet, c’est trop loin. On apprend à faire autrement. Nos activités de loisir aussi se font plus locales : on a envie de développer la vie de son village, de son quartier, pour ne plus avoir à aller se distraire à petaoushnock.

Et enfin, d’un coup, on comprend mieux pourquoi les gens « du cru » disent que le mec du village d’à-coté n’est « pas d’ici ». Quand on doit marcher entre le village A et le village B, eh bah non, « là-bas » ce n’est définitivement pas « ici » ! 🙂

6/ On adapte sa vie en fonction

Eh oui, sans voiture, il faut faire quelques ajustements, voire des choix certains. Sans voiture, je ne pourrai pas avoir un travail auquel je ne puisse me rendre à pied ou sans prendre de transports en commun. Ni un travail qui me demande d’effectuer des déplacements véhiculés. Ce qui limite drastiquement le choix d’emplois, à partir du moment où l’on n’habite pas dans une grande ville.
Et cela implique aussi de devoir choisir son lieu de vie pour être proche d’un transport en commun (une gare, un arrêt de bus…).
Le lieu de vie idéal est celui qui se trouve au sein d’un bon réseau de chemins ruraux et de randonnée, accessible par au moins un transport en commun pour relier une ville, et qui permet de se rendre facilement à son travail.

L’accès aux services (de santé notamment… avec internet, beaucoup d’autres services sont accessibles depuis chez soi maintenant) est aussi un critère à prendre en compte. Il y a forcement un juste milieu à trouver entre son envie d’être isolé en pleine nature et la sécurité de l’accès aux médecins et hôpitaux….
Finis aussi les gros pleins de courses. Les achats se ramèneront dans un sac à dos, sur une distance plus ou moins longue. On commence alors à réfléchir à produire certains de ses produits de consommation chez soi (coucou le potager 😉 ), à aller en acheter chez les voisins… et à réduire à l’essentiel son comportement d’achat !

Alors voilà, la vie sans voiture c’est comme ça.

– Plus d’organisation, plus d’attente, moins d’autonomie, un territoire de vie plus restreint, un panel d’emplois possibles plus limité…

– Mais c’est aussi une reconnexion à la nature et à son territoire, des choix mieux faits vis-à-vis de son habitat, une cohérence avec ses valeurs écologiques, une revitalisation de ses liens sociaux de proximité, une meilleure implication dans la vie de sa communauté…

La vie sans voiture n’est pas impossible, même dans les territoires dits « impossibles sans voiture ». C’est juste une vie qui se veut adaptée, un peu différente.

Sinon, comment auraient fait nos aïeux ? 🙂

Évidemment, je sais aussi que la voiture représente un confort et une ouverture sur le monde. Qu’elle représente l’autonomie des gens habitant dans des endroits non desservis par des transports en commun, qu’elle permet à des gens d’aller travailler etc…

Ce post n’est clairement pas un post anti-voiture. Ni pro-voiture, évidemment. La société actuelle est faite pour qu’on ait besoin de voitures. Le monde s’est construit autour des routes, et l’homme a trop pris goût à sa liberté dans un monde toujours plus vaste pour qu’on puisse prôner naïvement un retour en arrière.
Ce post est simplement une fenêtre ouverte sur une autre façon de fonctionner, une piste de réflexion possible pour « autre chose ».

Et un petit coucou aux collectivités, associations et entreprises qui gèrent les chemins ruraux, les sentiers de randonnée et les transports en commun. Pour les remercier du travail déjà fait, et leur dire qu’on espère que ces réseaux continuent de se développer, d’être entretenus, rendus accessibles et portés à connaissance du grand public…

Je vous attends en commentaires pour que vous me racontiez ce que vous voyez comme avantages et comme plaisirs à une vie sans voiture 🙂

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