Plus j’attends, et plus elle grossit. Cette boule dans ma gorge, qui ne demande qu’à sortir. J’ai des choses à dire. Je ne sais pas exactement quoi, ni comment. Mais ça doit être dit.

Sinon quoi ? Je me connais, j’aime user de la facilité du silence. Jusqu’à ce que j’oublie pourquoi je reste silencieuse, et que la vie reprenne son cours. Mais je n’ai plus envie de me réfugier dans la facilité. Prendre la responsabilité de ma vie demande d’oser provoquer l’incertitude.

Parce que ces mots, même si je ne les connais pas encore, vont faire basculer le moment. Je tiens entre mes lèvres le pouvoir de changer le présent. Ces mots ont un poids, et je n’ose ouvrir la bouche de peur qu’ils ne s’écrasent par terre à nos pieds, nous faisant sursauter tout les deux. Une fois sortis, ces mots ne pourrons plus être modifiés, comme on modifie un sms. Ils seront là, comme ça, et la direction de la vie s’infléchira. Peut être. Je ne sais pas. Et c’est le fait de porter tout le poids de cette incertitude sur le bord des lèvres qui me fait tant hésiter.

Comme face à un saut dans le vide, je sais qu’il ne suffirait que d’un pas en avant pour amorcer le mouvement. Un seul son. Dans ces moments là, j’ai la sensation de tenir le temps entre mes mains. De me trouver à un embranchement de la vie, et de choisir délibérément de faire une pause. Ce n’est pas souvent que nous pouvons mettre la vie sur pause.

Mais ça ne doit pas durer. Plus long, et ça ne serait plus une pause, mais un évitement. Je fais alors un pas en avant : je laisse s’échapper la première syllabe.