La soupape

Il y a des larmes qui finissent par couler toutes seules. Elles drainent avec elles la frustration, la solitude, la déception, la fatigue. Ces larmes demandent de l’espace, du grand air, un ciel étoilé. Elles demandent d’aller renouer avec la simplicité de la vie, dehors. Alors je sors.

Je sors marcher, d’un pas lent et traînant, les mains enfoncées dans mes poches. Mon dos se voûte, comme pour raccourcir le chemin de mes larmes vers la terre. Dehors, l’air froid me rappelle que je suis vivante. Être fatiguée est quelque chose de normal, quand on est vivante. Chaque jour est un nouveau défi à relever, un nouvel édifice de 24h à bâtir, seule.

Assise sur la balançoire du parc public, j’oscille. Cela fait bien longtemps que ces jambes sont trop longues pour me permettre de me balancer allègrement. C’est ça devenir adulte : être dans un corps trop grand pour que ce soit simple.

Et puis les larmes se font plus sèches. Le cœur a fini d’éjecter en spasmes douloureux ce dont il n’avait plus besoin. Je lève les yeux vers le ciel : c’est reparti pour un tour, ce n’est pas ce soir que je baisserai les bras.